- Kallitype -
Format 20 x 25 cm

Auteur : Franck RONDOT

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Les Ephemeres :

Le Pigeongramme

- Histoire et experimentation -

Je vais vous parler ici d'une méthode de communication à haut débit d'informations, agée de plus de 130 ans, le Pigeongramme.

Ce terme plutôt amusant à entendre résume à lui tout seul ce moyen d'échange de missives en masse en un temps record à une époque où les moyens techniques étaient très loin d'être ceux que nous connaissons aujourd'hui.

Pour comprendre le Pigeongramme, remontons dans le temps jusqu'en 1870. C'est la guerre, Paris est assiégée, il est donc impossible de communiquer avec l'éxterieur autrement qu'en transportant des masses considérables de courrier par ballon. Et encore, ce système était pratiquable lorsque Paris était l'expéditeur, car dans le sens Province/paris, la probabilité d'attérrir précisément dans la ville était faible. Il fallu donc trouver une solution éfficace à ce problème et ce fût la Photographie qui va l'apporter.

En 1870, le procédé courant de prise de vue photographique ce trouvait être le collodion.

Le collodion est en résumé, une substance humide, constituée d'un explosif, le nitrate de cellulose, dissout dans un mélange d'ether et d'alcool auquel sont ajoutés des sels halogènes associés à des sels d'argent métalliques. Ce verni liquide au départ, est coulé sur une plaque en verre, figé, et après sensibilisation en chambre noire, devient un milieu idéal pour le traitement ultérieur des sels sensibles à la lumière.
Le problème majeur de ce collodion humide, est justement qu'il doit rester humide pour accepter le traitement. Il fallait donc à cette époque, qu'un maximum de 15 minutes s'écoule entre l'instant où l'on fabriquait la plaque et le moment où le cliché négatif était en train de secher, le traitement totalement terminé.

Les photographes vont donc avoir la lumineuse idée de "micro-photographier" les dépêches sur un minuscule négatif, si lourdes sur papier en temps normal. Ainsi, la réduction des documents sera telle, que près de 30.000 dépêches pouront être expediées en une seule fois, et en un temps record grâce à.... un pigeon voyageur !

Voici, d'après quelques documents, une reconstitution de l'obtention ces minuscules négatifs :


Tout d'abord, les photographes se chargeaient de plaquer les correspondances officielles ou privées, les unes à coté des autres, sur des panneaux qui pouvaient aller de 1 mètre sur 65cm à plusieurs mètres de largeur et de longeur. Ici, j'ai juste rédigé six courtes lettres, dont le texte est profondément sans interêt...

Dans les trois minutes suivant la préparation de la petite plaque au collodion humide, je me trouve déjà dans le studio, en pleine prise de vue. La lumière étant faible mais naturelle, une pose de 45 secondes m'est necessaire pour une ouverture de F:8.

Pour ceux qui seraient interessés par la chimie de ce procedé photographique, voici une partie des produits necessaires à l'élaboration du collodion humide. Que l'on se rassure, ceci fera l'objet d'un dossier complet prochainement. Lorsqu'on voit ceci et le protocole de mise en oeuvre, on se dit que les photographes de l'époque, en plus d'être des artistes, se devaient d'être de fabuleux techniciens (à l'inverse d'aujourd'hui hélas, mais c'est un autre débat).

Après l'entière séquence de traitement, j'obtiens un négatif de mes lettres photographiées. Je rappelle qu'à cet instant précis où le négatif terminé se trouve dans mes mains, quinze minutes auparavant la plaque n'était pas encore préparée. Il faut donc faire très vite, tout doit être méthodiquement reflechi.
Nous pouvons remarquer que je n'ai pas collodionné toute la plaque, mais seulement une large partie centrale qui suffisait à couvrir la totalité de l'image, c'est donc voulu (j'en voyais déjà qui riaient en disant que la plaque était collodionnée comme un sagouin !)
Notons aussi que j'ai profité de la couche encore humide et tendre du collodion pour y "tailler" à la lame, un carré qui englobe juste les lettres. En effet, cette couche, tant qu'elle n'est pas sèche, est d'une très grande fragilité.

Lorsque la plaque au collodion est enfin bien sèche, la fine péllicule est détachée de la plaque de verre. Ce petit morceau de collodion de cinq centimètres sur cinq, support de l'image, est plus fin que du papier à cigarette, pour un poids de quelques centigrammes. Je la place donc directement sous verre afin de ne pas l'endommager.

En 1870, à ce stade des opérations, les photographes roulaient ce petit micro-film, et le plaçaient dans un petit tube accroché à la troisième rémige de la queue d'un pigeon voyageur.

Le pigeon envoyé dans les airs, celui-ci après un vol de plusieurs kilomètres rejoignait un poste de récéption des messages. Les micro-films étaient donc récuperés, déroulés, et placés entre deux lames de verre, déstinés à être projetés sur un écran. Les opérateurs recopiaient donc les dépêches sur papier, et les expediaient à leur destinataire. Ici, le négatif est projeté sur un écran d'un mètre de base. Les messages sont d'une parfaite lisibilité.

Dans cette présente reconstitution destinée à être exposée au musée, seuls six messages sont photographiés et assez peu réduits, comparés aux rares et authentiques Pigeongrammes de l'époque concernée...
 Je rappelle qu'un seul pigeon voyageur pouvait acheminer jusqu'à 30.000 messages à la fois !

Certains de ces minuscules négatifs ont même été recyclés en pendentifs pour les dames. Associé à une lentille de forte puissance, le message (parfois d'amour) devenait lisible directement...


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